JOURNALISTE

Arméniens français, la foi en exil

Avant d’être chassés de leur terre par le génocide de 1915, les Arméniens n’avaient eu de cesse de lutter pour préserver leurs croyances. En France, ils sont aujourd’hui près de 500 000, souvent de fervents pratiquants pour qui l’église reste la pierre angulaire de la cohésion communautaire.

Dans ce lotissement de la banlieue lyonnaise, aux maisons en crépi toutes similaires, l’une se distingue : à gauche de la porte d’entrée, les habitants ont creusé le mur et installé une petite croix en pierre, finement sculptée. C’est un khatchkar, l’un des symboles de la foi des Arméniens, indissociable de leur identité. Izabel Karabédian embrasse cette croix tous les matins, avant de prendre le chemin de l’école avec ses deux plus jeunes filles. Sa foi, cette petite femme aux cheveux noirs, la quarantaine, l’a héritée de ses ancêtres, les tout premiers à adopter le christianisme comme religion d’état, au IVe siècle. L’aînée des églises chrétiennes doit son nom – « apostolique » – aux apôtres de Jésus, Thaddée et Barthélémy, les évangélisateurs supposés du pays. Bien que souvent confondue avec l’église orthodoxe, elle a affirmé son indépendance théologique dès le Moyen-Âge.

Depuis leur conversion, les Arméniens n’ont eu de cesse de lutter pour préserver leurs croyances. D’abord sous la domination des Seldjoukides, puis des Mamelouks et des Turcs, ils ont vécu un véritable Golgotha entre 1915 et 1938. Le génocide de 1915, perpétré par le gouvernement turc de l’époque, leur coûta plus d’un million de vies, et la soviétisation mit leur culture en péril. L’église, « l’âme visible de la patrie absente », selon l’expression de Monseigneur Ormanian, fut aussi durement éprouvée. Lors du génocide, 80 % du clergé fut déporté ou tué, et la plupart des lieux de cultes confisqués ou détruits. Si plus de la moitié des Arméniens vivent aujourd’hui hors des frontières de leur pays, c’est bien cette « église nation » qui permet aux citoyens de la République d’Arménie et à ceux de la diaspora de rester reliés. Même les athées reconnaissent en elle le symbole de la cohésion nationale. Izabel explique ainsi qu’« Édouard, l’homme qui s’occupe du bulletin de l’église, se dit non-croyant. Pour lui, c’est au-delà de la religion, c’est un devoir national ». L’église est une institution puissante, une force dans les situations difficiles et un trait d’union entre les Arméniens qui dépasse les clivages politiques ou sociaux.

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