JOURNALISTE

Pensée jungienne et monde onirique

Et si l’extraordinaire avait un rôle essentiel à jouer dans la psychothérapie ? Qu’en dit la pensée de C.G.Jung ?
Rencontre avec Bénédicte Uyttenhove.

Bénédicte Uyttenhove est psychologue, directrice de l’École de Psychologie Clinique. Depuis plus de 30 ans, elle se consacre à l’étude de l’héritage de C. G Jung, pionnier de l’exploration des profondeurs de l’âme.

Dans quel objectif avez vous crée votre école? 

J’ai crée l’Ecole de Psychologie Clinique (EPC) en 1985 à Paris dans le but d’ouvrir la psychologie aux personnes ne pouvant avoir accès aux enseignements universitaires. Ceux-ci sont souvent réservés aux personnes qui ont du temps, qui sont jeunes, et ce n’est pas toujours simple.
Mon Centre de formation propose une ouverture à tous les individus qui ont envie d’apprendre une psychologie plus holiste, plus ouverte, pour accéder à « autre chose ». Les notions propres à la psychologie de C.G. Jung y étant abordées. Pour autant, le socle d’apprentissage est très rigoureux, et les textes des cours sont revus tous les ans ou tous les 2 ans en fonction des nouvelles avancées. À partir du moment où les fondements, les bases en psychologie clinique et psychopathologie existent et qu’ils sont solides, on peut accéder à d’autres notions, comme l’analyse des rêves et les neuroscience qui sont pour moi, les voies nouvelles de la psychologie à venir.

En quoi consistent vos recherches ?  

Elles se basent autour de l’œuvre de Jung. Je me suis orientée principalement sur les théories de Jung en matière de psyché, sur l’interprétation des rêves, la possibilité de comprendre ce qu’ils veulent dire. Selon moi l’analyse des rêves est un des noyaux central du traitement analytique, c’est le moyen technique le plus important pour ouvrir une porte vers l’inconscient. Jung écrivait d’ailleurs « c’est par la porte des rêves que l’on entre dans l’inconscient ». Nous partons de Freud  puisqu’il a été le précurseur dans l’analyse des rêves. Puis Jung a commencé à explorer le sujet dès le début de sa pratique. Les rêves sont comme des balises qui éclairent et qui jalonnent notre cheminement intérieur. Au cours de mes recherches, j’ai pu avoir accès par mon superviseur, qui a travaillé avec Étienne Perrot (NDLR : psychanalyste français, continuateur de Jung), a des textes qui n’ont pas été édités. Cela m’a permis de creuser le sujet, de faire des recherches, d’avoir accès à des documents intéressants. Des rêves émanent d’une sortes « d’intelligence secrète » selon les termes de Jung, qui est à l’œuvre au plus profond de nous. Et tel un fil d’Ariane ils nous guident vers un renouvellement de notre être et vers une métamorphose intérieure. À partir de là nous pouvons considérer que les rêves peuvent être des messages, des diagnostics sur certaines pathologies. Nous pouvons avoir des indications sur l’état des patients, de santé ou psychologique. La vision de Jung sur les rêves est fondamentale, c’est une porte, un accès à l’inconscient. Jung disait: « ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation », et cet inconscient se trouve sous couvert de l’interprétation des rêves, des symboles, des archétypes, de toute cette forme de communication et de langage.
La vision de Jung sur les rêves est fondamentale…

Avec mon dernier ouvrage « Et que disent vos rêves », les recherches que j’ai effectuées sur les rêves et leur histoire au cours des civilisations, des mises en pratique sur les patients ont pu être possible.
Jung a élaboré un savoir en partant de l’étude des religions, de l’étude des rêves dans l’histoire. En Mésopotamie à Babylone, on a déchiffré dans les premiers hiéroglyphes cunéiformes des messages qui attestent de leur importance. A l’époque ils étaient considérés comme divins et annonciateurs de messages.

Les rêves seraient donc des messages directs de notre âme ? 

Tout à fait. Jung parle de messages, de diagnostic ou de vision prophétique. Les premières traces écrites des rêves datent du 3e siècle avant Jésus-Christ, du temps de Sumer, et on parle alors des rêves « annonciateurs de messages ». Les Mésopotamiens abordent les rêves comme des interventions des démons, des forces positives, des forces négatives, sur les tablettes d’argile. L’Égypte a aussi été très importante par rapport à l’analyse des rêves. On y pratiquait l’incubation. Les grands prêtres plaçaient des personnes dans ce qu’ils appelaient des temples ou des « maisons de vie » dédiés à Imhotep ou Sérapis afin de permettre aux personnes de rêver pour obtenir la guérison. Au matin on interprétait les visions qu’ils avaient eues. Ces lieux ont été repris par Hippocrate, descendant d’Asclépios.   Iles étaient généralement constitués d’un temple en surface, de grottes, et d’une source d’eau souterraine. Le sanctuaire d’Asclépios était ainsi sous le Parthénon d’Athènes. Sa grotte et sa source existent d’ailleurs encore. Il était également similaire au temple d’Épidaure en Grèce où les malades dormaient dans une enceinte sacrée. Avec le rituel d’incubation des rêves on accédait à leurs messages.

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