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Potager en permaculture : bilan de la première année

J’en rêvais depuis longtemps, je l’ai eu: mon petit bout de jardin <3

Depuis plusieurs années, je lisais sur la permaculture, j’ai suivi un stage sur le sujet, et tourné un reportage à la Ferme du Bec Hellouin (ferme modèle en perma), mais je n’avais pas encore pu mettre en application mes modestes connaissances.

J’ai déménagé en octobre dernier en banlieue lyonnaise, dans une maison avec 150m2 de jardin. C’est peu, mais largement suffisant pour un potager. Et j’ai voulu voir grand: c’est à dire utiliser un maximum de surfaces disponibles: au sol, sur les murs, et les toits. Mon expérience n’a pas valeur de règle universelle, mais elle vous permettra peut-être de gagner du temps :-).

Mon petit « home sweet home »

J’ai procédé en plusieurs étapes:

  • Ton sujet tu connaitras

Tout l’hiver durant, j’ai lu des livres sur la permaculture, le potager, le compost, et sur les variétés spécifiques que je souhaitais y mettre, qui demandent chacune un traitement particulier. Je vous recommande les ouvrages suivants:

– Permaculture, de Thomas Alamy

– Mon carré potager d’Anne Valéry et Daniel Moquet

Je réussis mon compost et lombricompost, de Ludovic Martin, Pascal Martin & Eric Prédine

– Les pages Facebook L’autonomie est la clé de notre futur, et La permaculture pour les nuls. Des communautés qui permettent de poser toutes les questions qui nous traversent, et de mettre en commun nos expériences.

  • Ton terrain tu comprendras

Le sol est évidemment la BASE pour un potager réussi. Je partais avec un gros handicap: des bambous ont été plantés, et leurs rhizomes ont envahi tout le jardin. J’ai du faire appel à des jardiniers équipés d’un tractopelle pour retourner tout le terrain, et éliminer les rhizomes. « Halte au massacre! » Me direz vous peut-être. Pourtant si en permaculture le labour est abandonné au profit d’une simple aération du sol, démarrer avec une base saine est indispensable, et demandait dans mon cas de détruire une partie de l’écosystème pour partir à neuf.

Là ou je me trouve, à première vue le sol semblait en bonne santé: la terre est marron foncé et grouille de vers de terre. La couleur et la texture sont de bons indicateurs de la composition. Un sol peut être argileux, limoneux, sableux, et le savoir permet d’ajuster les soins à apporter (+ ou – d’eau, de nourriture pour la terre, etc.), de planter une variété plutôt qu’une autre. En gros: c’est crucial! Pour savoir quelle est la composition de votre sol, vous pouvez effectuer le test du bocal, décrit sur ce site, (clic) notamment.

  • Ton projet tu détermineras

Un autre point, et non des moindres, consiste à préciser notre intention. Etre autonomes en légumes? Nous régaler de quelques tomates bio durant l’été? Les aménagements, et l’énergie déployés ne sont évidemment pas les mêmes.

Etant donnée ma propension à être un peu dans les extrêmes, mon objectif était de me passer de l’achat de légumes. J’ai vite compris que sur une si petite surface, ce serait compliqué, à moins de sacrifier l’ensemble du terrain, ce que je ne souhaitais pas. J’ai commencé par lister les fruits et légumes que je voulais planter, puis j’ai lu sur leur « mode de fonctionnement », et réfléchi à ceux que je voulais déguster à chaque saison. J’ai du revoir mon ambition à la baisse, certains légumes n’étant simplement pas adaptés à mon projet et à mon terrain. Puis j’ai déterminé les zones attribués aux plantations: environ 10m2 de pleine terre, et tout autant de murs, puis des bacs sur mon balcon qui me permettent de faire courir les courges sur le toit.

  • Sur les détails tu t’attarderas

Première version du potager, avec filet protecteur anti-minous.

Une bonne préparation a été une étape clé dans la réussite de mon projet. Ayant déterminé ou je voulais planter, et quelles variétés, j’ai réfléchi à des plans précis. Le livre Guide complet de l’aménagement de jardins de Tim Newbury m’a beaucoup aidé.

C’était sans compter sur le fait que tout deviendrait gigantesque 🙂

Planter les bonnes variétés au bon endroit ne s’improvise pas. Une bonne association des variétés est primordiale, de même que de déterminer si elles se plaisent à l’ombre ou au soleil, et quelle place elles prendront une fois atteinte leur taille maximale.

Il faut aussi anticiper la rotation des cultures : d’une saison ou d’une année sur l’autre, on change de variétés, histoire de ne pas épuiser les sols, puisque chaque plante puise, et « diffuse » des éléments différents dans le sol.

Tout ça a demandé beaucoup de croquis, tableaux, et une élaboration patiente, en somme.

  • Les bonnes graines, tu choisiras

Outre le sol, les graines choisies sont de prime importance. La plupart des variétés commercialisées sont hybrides, et stériles : c’est à dire que vous ne pourrez pas planter les graines de vos tomates l’année suivante. C’est scandaleux de s’approprier le vivant? Oui, je trouve. Mais passons sur ce point.

Il existe bien heureusement des alternatives (Youpi!). Comme par exemple les semenciers anciens, dont certains ont dû se mettre hors la loi pour vendre leurs graines. Les fruits des semences anciennes sont reproductibles, et bien plus résistants que les hybrides. Ils demandent moins d’eau, tombent moins malade, sont plus nutritifs. Bref: vous avez tout à y gagner. J’ai acheté mes graines sur le site Semailles, et j’en suis très satisfaite. Le taux de germination est excellent (proche de 100%), mes plants sont prolifiques, et les légumes sont tous délicieux. Il en existe bien d’autres: Kokopelli, La ferme Saint-Marthe

Si vous ne souhaitez pas les acheter, il existe dans beaucoup de communes des évènements de type « troc de graines« . Et des sites aussi, tels…troc de graines.fr. Enfin, j’ai pu échanger gratuitement des graines sur les groupe Facebook cité plus haut. Vive la communauté 🙂 !

  • De la patience et de l’amour, tu donneras 

En pratique, j’ai semé une bonne partie de mes graines à partir de février, dans ma maison, derrière une grande baie vitrée. Mon bureau s’est transformée en serre le temps que ces « bébés » grandissent suffisamment, et que les Saints de glace soient passés (après mi-mai). Je ne vais pas vous mentir, il y a eu des ratés : mes salades ont filé, mes aubergines et poivrons ne sortaient pas de terre. J’ai dû, patiemment, chercher les bonnes informations, et recommencer, en changeant de récipient parfois, en mettant plus ou moins de terreau, en arrosant plus, ou moins. Chaque jour, avec un vaporisateur, j’ai arrosé patiemment toutes ces petites pousses…

Puis quand elles ont été suffisamment grandes et résistantes, je les sortais chaque matin sur le balcon, et les rentrais tous les soirs. J’ai appris à reconnaitre quand elles avaient soif, quand elles manquaient de place et avaient besoin d’être repiquées (plantées dans un récipient plus grand).

Puis quand il a fait suffisamment chaud, mes « petits jeunes » ont volé de leurs propres ailes: en pleine terre. Et là j’ai été confrontée à d’autres soucis: mon chaton qui faisait ses besoins dans la terre fraiche, la canicule qui cramait mes plants, le vent qui faisait plier les branches. A chaque fois, il a fallu apprendre, s’adapter, ajuster, persévérer…

  • De tes erreurs, tu apprendras

Malgré ma préparation, j’ai commis quelques erreurs. J’ai notamment planté trop de variétés sur une petite surface. L’inconvénient? J’ai été totalement dépassée par les plants de tomates, très invasifs. Les buissons étaient si denses que je n’ai pas pu toutes les ramasser : beaucoup ont pourri au sol. Mon jardin est devenu une vraie petite jungle. Mes courgettes et concombres sont très vite sorties des bacs pour courir dans mon gazon, et l’étouffer au passage. Les courges plantées sur mon balcon n’étaient pas une bonne idée : dans leurs petits bacs de terre, il semble qu’elles n’aient pas eu assez de nourriture. Mes patates n’ont pas donné: je les ai déterrées trop tôt. Mes groseilles et framboises ont souffert d’être déplacées, et n’ont presque rien donné.

L’an prochain, je planterai moins de variétés, mieux choisies 🙂 Mais dans l’ensemble: c’était Byzance! Et pas un jour n’est passé sans que nous ne mangions les produits frais du jardin, de juin à octobre.

  • L’abondance, tu partageras

Je vais être honnête, j’étais ambitieuse, j’avais prévu de semer en juin des légumes pour l’automne. Mais étant donné le travail que cela représente, à partir de l’été je me suis contentée de profiter, et de faire profiter! J’ai laissé tomber l’idée de peser mes tomates, mes courgettes, tant il y en a eu. Ces quelques photos vous donneront un aperçu 😉

J’ai donc pu distribuer, non seulement une bonne partie de mes plants, car j’ai eu la main lourde, mais aussi pas mal de courgettes, tomates, etc. C’est sans compter sur la vraie richesse : les connaissances acquises, à partager sans limites.

Pour résumer:

Faire son potager sérieusement demande de l’engagement, du temps, un peu d’argent. Cela implique de se tromper, d’avoir la curiosité de comprendre pourquoi, et d’avoir la modestie de laisser la nature nous enseigner. Quel cadeau extraordinaire, de voir qu’avec quelques graines et en nous mettant à l’écoute de la vie, elle nous le rend au centuple. L’aventure du potager n’a jamais été une corvée pour moi : j’ai goûté chaque jour au plaisir de mettre les mains dans la terre, de voir une fleur se transformer en un légume, de contempler le ballet des insectes pollinisateurs sans qui la magie n’opère… Et c’est peut-être ça la clé d’un potager réussi? Comprendre que dans ce processus nous ne sommes qu’un maillon: la petite main qui prend soin et propose un mouvement.

Bon potager à vous, et n’hésitez pas à me poser des questions, si j’ai la réponse j’y répondrais avec plaisir 🙂

Team potager 2019 😛

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