JOURNALISTE

Soigner la terre, guérir l’être humain

Elle est l’objet de tous les fantasmes. La terre, notre sol, est un monde mystérieux où se côtoient microfaune, macrofaune, champignons… Au sein de ce bestiaire sous-terrain, se jouent des interactions primordiales pour la santé de notre planète, et donc pour celle de l’être humain. Claude et Lydia Bourguignon sont microbiologistes des sols. Depuis près de 40 ans, le couple se bat pour faire reconnaître la prime importance de ce berceau de la vie.

La monde sous-terrain est très peu considéré, et même parfois vu comme sale. Quelle est son importance ?

Claude : Le sol est à la base de toute la pyramide du vivant. C’est à partir des sols que la vie se développe, donc plus ils sont morts, moins il y a de la vie à la surface du globe. C’est ce qui se passe avec l’effondrement de la biodiversité : des oiseaux, insectes, etc. Aujourd’hui, l’état de nos terres est désastreux. La plupart sont en très mauvais état biologique. Une grande partie de la microflore a disparu, en particulier les champignons, qui sont pourtant fondamentaux car ce sont eux qui fabriquent les humus. Dans nos sols, on trouve aujourd’hui mille fois moins de champignons qu’au début du XXe siècle…

Lydia : La faune qui s’y trouve est aussi très importante pour son aération. Les gens ne parlent que des vers de terre, mais il y les collemboles, les acariens… Ce sont eux qui grâce à leurs galeries transforment la terre en véritable éponge. Un sol aéré recevra mieux l’eau, sera moins compacte, ce qui permet aux racines de descendre et à la vie d’être là. Les microbes permettent d’assimiler les éléments, et de nourrir la plante. C’est vital pour la biodiversité et la durabilité.

Peut-on faire une analogie entre le microbiote terrestre et humain ?

Lydia : Beaucoup de médecins nous ont fait intervenir lors de conférences, car pour eux il y a effectivement une similitude. En effet, on ne se nourrit pas vraiment de ce que l’on mange, mais de ce que notre microbiote va participer à décomposer pour permettre que les éléments passent jusqu’au sang et la lymphe. Par ailleurs, les microbes solubilisent les éléments présents dans la roche ou dans le sol, ce qui permet de nourrir la plante. Pour ces médecins, il y a donc une vraie similitude : les plantes ne mangent pas de roches ou d’argile, et on ne consomme pas réellement de beurre, pain ou viande. Ce sont les microbes qui nous nourrissent.

Photo © La font des Ormes

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